Biografía

Ton age, d’où tu viens ? 26 ans, Paris, France Tu fais quoi dans la vie ? Je suis avocat et en parallèle je gère le label Kizi Garden. T’as commencé la musique quand et comment ? Mon histoire avec la musique est un peu celle d’une passion, un amour-haine qui a commencé avec des échecs répétés, comme tout ado j’ai voulu faire de la gratte sur la plage au bord d’un feu. J’ai abandonné après six mois de galère… Puis je me suis essayé au djembé, à l’harmonica, sans réussir à vraiment accomplir quelque chose de satisfaisant. J’ai tourné les pages d’A la recherche de la musique perdue pendant longtemps. Vers mes douze ans je passais pas mal d’après-midi chez un pote à écouter les Tekno.com de son frère. On était vraiment à fond. C’est à partir là que j’ai commencé à m’intéresser à la musique électronique dans un sens assez large (de la hardtech à Ez3kiel). Puis j’ai fini par me focus sur le trip-hop, la house et la techno. A 15 ans j’étais jeune et con, c’est là que j’ai commencé à m’impliquer dans la promotion de soirées dans des boites pour jeunes pubères comme les Planches, le Plaza et le Back-Up. Ça me fait bien rire de me rappeler cette époque où la jeunesse qui sortait pensait que ce qui était important c’était de poser des teilles en boite, de chiner les nanas sur le dancefloor sans vraiment se soucier du son qui passait. Après ces années, je me rends compte que notre attitude était à l’opposé des valeurs fondatrices de la club culture. Cette façon de faire la fête, pâle imitation d’Ibiza, ferait honte au Paradise Garage ou à la Warehouse. Je me suis lassé de cette ambiance vers mes 17, 18 ans. J’ai commencé l’université, puis comme pas mal de jeunes, à l’époque, on a monté avec quelques amis une page de partage de sons. Ce qui m’a poussé à vraiment digger, pour avoir une nouvelle track avec peu d’écoutes chaque jour. L’underground nous faisait rêver. On a même poussé le vice jusqu’à poster des tracks dans les rues de Paris, grâce à des pochoirs en forme de vinyles qu’on posait sur les plaques d’égouts. Je pourrais m’éterniser sur ma première rave psytrance dans une maison abandonnée à Brixton, les We Love à Paris, la techno-parade, mes différents aller-retours à Berlin entre mes 18 et 21 ans, la découverte du Watergate, du Trésor et du Berghain. En bref, j’ai vécu à travers ces expériences et villes, une forme de liberté et de libération dans l’action de faire la fête, qui n’existait alors pas vraiment dans les clubs parisiens. A l’époque la Sundae, Chez Moune et le Rex étaient pour moi les seules vraies options. Mais bon ça c’était avant ! Paname et la France se sont bien réveillées sur le sujet. Ça fait plaisir à voir ! Le seul regret que j’ai, est que ce réveil s’est amorcé trop peu de temps avant mon départ pour Montréal. C’est en arrivant ici que j’ai vraiment fais le pas entre acteur passif et acteur actif de cette scène. Ça faisait quelques temps que ça me turlupinait, à défaut d’être musicien je voulais faire partie de ce monde. Et pour ça quoi de mieux que monter un label ? Par chance, le seul contact que j’avais à Montréal était le petit frère d’un bon ami, Parango, qui avait lui aussi les mêmes envies. Il organisait une première soirée où il mixait pas longtemps après mon arrivée, j’ai vraiment apprécié l’ambiance et la crowd. Ça nous a donné un bon coup de motivation. Après ça on a planché sur le label pendant quelques mois (pour qu’au final la plupart des plans se confrontent aux réalités de l’industrie sans forcément ressortir intact), mais notre majeur problème était l’argent. Cette première soirée nous a donné des idées. On a organisé notre premier after dans la cave des Dyson Bros, des artistes du label que j’ai rencontré à cette occasion. Au début on voulait lancer un label local, juste avec des gens qu’on connaissait et qui n’était pas connus. On avait même trouvé, assez rapidement après mon arrivée, un artiste plutôt avancé en composition mais qui est parti en couille bien trop tôt. Le contrat était prêt et l’EP masterisé. J’étais assez vener d’avoir perdu quatre mois, l’EP n’est jamais sorti. En parallèle j’ai commencé à prendre des cours sur ableton avec Van Did, un producteur de talent basé à Montréal, afin de connaître les bases du fonctionnement du logiciel pour pouvoir mieux communiquer avec les artistes et savoir mieux décrire, expliquer, ce qui me dérangeait dans leurs tracks. Il me fallait le vocabulaire technique. Parango était DJ, je me suis donc consacré exclusivement à la production pour qu’on se complète. Petit à petit j’ai fini par me passionner par l’infini des possibilités qu’offrait la création musicale électronique. J’ai passé des nuits blanches à poncer ableton, à faire des musiques, pas vraiment folles sur le plan technique, mais qui faisaient bouncer mes trippes. J’ai été piqué par la composition. Plus on avance et plus on se rend compte qu’en fait on n’y connaît rien, que l’infini était encore plus infini qu’on le pensait. Mon bon d’un côté je me trippais tellement avec mon APC et mon UC33 que j’avais l’impression qu’un auditeur passif tripperait tout autant que moi. C’est souvent en réécoutant les enregistrements plus tard que je déchantais. En 2014 on a fait le booking de Garrett David, un artiste de la nouvelle génération de Chicago, dans un club montréalais qui a fermé depuis pour de sombres histoires mafieuses. Une amitié s’est créée, il m’a montré deux trois trucs sur ableton qui m’ont vraiment aidé à aller plus loin. Puis en 2015, j’ai eu la chance d’aller le voir quelques jours à Chicago. J’ai découvert son univers, Gramaphone, le record shop où il travaillait, le Smart Bar, où il mixait avec Derrick Carter pour les soirées Queen !, ainsi que son studio, qui fut un véritable « gear porn paradise ». Je suis tombé en amour avec cette vibe, cette ville où des légendes naquirent, cet univers de liberté et d’amour qu’on pouvait y ressentir. En rentrant à Montréal je me suis empressé de m’acheter un peu de matos, un microbrute et deux electribes. Les choses sérieux ont alors commencé, je ne m’arrêtais plus. Au même moment j’ai eu la chance de rencontrer Urumi, qui a une formation ingé son et m’a vraiment aidé à mieux comprendre les subtilités du mixage, on va dire qu’il m’a carrément pris par la main et fait comprendre qu’en fait je n’y connaissais rien haha. Petit à petit j’ai pris confiance, je commençais à faire des tracks de plus en plus satisfaisante et qui commençaient à faire kiffer les copains. J’étais sur la bonne voie. C’est à partir de ce moment je me suis dis qu’il était temps de remonter le temps et de réécouter mes anciens projets. J’ai fini par lister une cinquantaine de tracks qui avaient du potentiel. Mon premier EP qui va sortir sur Kizi est composé de trois de ces tracks auxquelles j’ai donné le lifting nécessaire pour qu’elles me fassent tripper. Si mon corps se met à bouger malgré moi et que mes proches n’y trouvent rien de flagrant à redire, le crash test est validé. Cet EP sort en décembre, il s’appelle « L’Art de la Claque », en hommage à ce film incroyable de Monicelli, Mes Chers Amis. On y voit une bande de copains de 50 ans, comme on espère encore avoir à cet âge là, qui montent les pires canulars dans de petits bleds paumés et qui font toutes les blagues puériles qu’on n’oserait plus faire à leur âge. Bref, des génies. Sinon pour le moment je garde les plus récentes pour d’autres projets ou pour de potentielles releases sur d’autres labels. Ce qu’il y a de plus technos sortira bientôt sous un autre alias, ainsi que de manière anonyme avec d’autres artistes du label sur le sub-label ETK, qui est en cours de création. T’as migré quand et dans quelles circonstances ? Et pourquoi Montréal ? En toute honnêteté j’étais à un stade dans ma vie où j’avais l’impression que je stagnais, j’en avais marre de mes études, le droit m’emmerdais pardessus tout. Je n’avais qu’une envie c’était d’arrêter et de devenir écrivain ou journaliste. J’avais un ami qui était là-bas et me vendait un rêve incroyable à propos de cette ville. J’ai donc envoyé mon dossier à des universités sur place et par miracle j’ai été accepté en maitrise de droit des technologies de l’information. Je me suis lancé en me disant qu’à défaut d’aimer le droit, au moins je partais à l’assaut d’un pays qui m’était jusqu’alors inconnu. Et je suis arrivé là-bas le 1er janvier, avec une sale angine blanche, au cœur de l’hiver, à des températures plus basses que ton congélo. Autant te dire qu’après un démarrage aussi sale, je n’ai pu qu’apprécier la ville de plus en plus. Avec l’été qui s’en venait, la ville qui reprenait ses couleurs, les gens se dénudant, la vie extérieure reprennant, etc. Au final comme j’ai fais une maitrise avec un mémoire sur le Bitcoin, j’avais pas mal de cours en moins, ce qui m’a permis de gérer mon temps différemment et de me concentrer sur la musique électronique en parallèle. C’était au final une bonne décision. Waner, depuis quand ? Waner depuis que je marche sur mes quatre pattes, c’était le surnom que me donnait ma tante quand j’étais petit. Elle tripait sur le verlan. A force de me creuser la tête pour trouver des noms pires que le précédent, sans jamais rien qui ne soit pas kitsch, too much, trop sérieux, trop deep, trop dark, trop catégorisable en somme, ce vieux surnom m’a pop-up à l’esprit. J’étais déjà familier avec le blaze, le choix m’est donc semblé naturel. Ça m’a apaisé. Je n’avais plus à m’auto-flageller en critiquant mes propres idées de merde. C’est simple, c’est court, ça veut rien dire à part mon prénom. Sinon Waner sur internet, depuis le premier VA de Kizi Garden où on a sorti tous les artistes du label splittés entre house et techno. Ce VA est d’ailleurs une compilation de tracks très lourdes ! Le seul échec est l’artwork que j’ai dû bricoler à l’arrache car ma sœur était à pétaoschnock et je n’arrivai pas à la joindre avant de devoir envoyer la release au distributeur. Maintenant que j’y pense, ma track est trop techno pour le projet que j’ai sous ce nom. Ma première vraie date en club sous le nom de Waner était à Tokyo en juillet 2016. J’étais assez stressé d’autant que je ne parle pas un traitre mot de japonais et qu’ils ont du mal à communiquer en anglais. J’étais avec Kenji Endo, 4LA, Makoto et Tsukasa, quatre DJs brilliants, dont deux ont déjà releases sur le label. Ils m’ont fait redécouvrir la house à leur façon et ont su me mettre en confiance malgré cette barrière de la langue. J’ai vraiment eu du bon temps là-bas. Les lascars m’avaient même offert un kimono pour mon anniversaire. Forcément j’ai joué avec pour leur faire honneur. J’avais préparé un t-shirt Hello Kitty pour l’occasion mais face à l’habit traditionnel on ne fait rien faire. Des résidences, non, je perfectionne d’abord ma technique sur vinyle avant de vraiment me lancer devant des gens. J’ai pas de CDJs à la case, et mes amis sont presque tous sur vinyles, du coup je sais pas vraiment ce que ça vaut. Par contre les weekends on s’amuse à la casa avec les camarades spinners, on a du matos et quatre platines, ce qui laisse des possibilités pour s’amuser et jammer. Sinon il m’arrive de mixer par-ci par-là de manière très occasionnelle, mais je compte me pencher plus sérieusement sur la recherche de dates après avoir passé le Barreau de Montréal. Création du label, quand, comment, pourquoi ? Après ce set back avec ce qui devait être notre premier EP, on s’est dit que le local attendrait car on voulait vraiment lancer Kizi Garden sans subir une autre éruption de ce type. Le choix naturel était donc de s’orienter sur l’international. On a démarché une dizaine d’artistes et l’un d’eux, par chance le plus talentueux, a décidé de nous faire confiance. C’est par internet qu’on a donc rencontré Cooptrol, un ancien de Montevideo, qui ne fait que du live et ne compose que sur hardware. Un diamant brut pour ces jeunes pousses que nous étions. Petit à petit on a rencontré tous les artistes qui forment la base de Kizi Garden. Les releases ont commencé à s’enchainer, ma sœur est venu s’occuper rapidement de l’identité du label, en y apportant sa patte féérique, à la frontière de la nature et de la ville. C’est à ce moment qu’on s’est définit comme un « international organic record label », qu’on a choisit les fruits et légumes etc. En parallèle on continuait d’organiser des afters dans des lofts qui pouvaient accueillir jusqu’à 250/300 personnes. C’était la belle époque, on ne mettait pas vraiment en avant le nom Kizi Garden afin de brouiller les pistes et pour ne pas ternir la réputation du label, si l’une des teufs était un échec monumental. Ce ne fut heureusement pas le cas. Puis on s’est dirigé vers les clubs, comme le Salon Daomé pour continuer à organiser des soirées pour éviter le stress de la police et me permettre de continuer paisiblement mes études de droit sans imbroglio judiciaire dans un pays où après tout je ne suis qu’un immigré qui doit renouveler son visa presque chaque année. L’idée derrière le label n’a jamais été de gagner de l’argent. Dès le départ on savait que le label ne pouvait pas compter sur la vente en ligne pour financer son fonctionnement et que les ventes de vinyles était un investissement bien trop cher pours les pauvres étudiants que nous étions (Le rêve du vinyle est encore là et j’espère le voir se concrétiser en 2017.). On a toujours dit aux artistes qu’on signait, qu’ils ne gagneraient surement jamais de quoi s’acheter un repas dans un étoilé Michelin et, que de ce point de vue là, il ne fallait pas qu’ils s’attendent à ce qu’on fasse des miracles. D’autant que la plupart d’entre eux en était à leur première release. Le but de Kizi a toujours été de laisser l’artiste libre de s’exprimer au sein et entre les barrières musicales fixées, à savoir la house, la techno et la dub techno. Leur univers et leur patte musicale compte plus pour nous qu’avoir un son type du label (ce sera surement différent pour le sub-label vinyle qui se prépare). La qualité des releases, le groove des tracks et le fait que ce ne soit pas que de la musique qui tabasse sont très importants. Mais si je dois vraiment répondre à la question : Pourquoi ? La première réponse est : Pour le kiff et pour permettre à des artistes talentueux de toucher un public différent et plus diversifié que le leur. Le côté international du label permet à des releases du Japon d’être écoutées en France et au Canada, d’Italie en Uruguay, etc. C’est vraiment l’antithèse de notre ambition première qui était d’avoir un label du type Underground Resistance, Smallville, Stripped & Chewed, Soul Note ou encore D.KO, une bande de potes qui s’exporterait en famille. Ça vend du rêve ! Mais au final la famille se constitue, les liens se tissent. J’espère sincèrement qu’à l’avenir on pourra se faire des dates tous ensemble avec les artistes d’un même pays. Pour l’instant j’ai déjà eu la chance de pouvoir faire ça à et Montréal. J’espère que ça va se répéter et que d’autres villes vont suivre. J’ai confiance. C’est loin d’être fini Kizi Garden

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